TÉLEX POUR LA SOLIDARITÉ 04/2020 - Ursula, Angela, Emmanuel, Sophie et les autres…
c’est maintenant ou jamais !

Newsletter institutionnelle - Télex
Avril 2020

La crise sanitaire du Covid-19 que l’Europe (et le monde) est en train de vivre rend désespérément visibles les pires effets de la mondialisation financière : la destruction de notre système de production, l’ampleur des inégalités et les conséquences d’un modèle économique qui pendant des années a donné la priorité aux intérêts financiers plutôt qu’aux biens communs, notamment à la santé.

En effet, sinon comment expliquer que sur un des continents les plus riches du monde, les hôpitaux doivent faire appel aux dons pour financer des respirateurs indispensables aux malades corona les plus sévèrement atteints ? Que les travailleur.euse.s de première ligne tels les travailleurs sociaux, les éducateur.trice.s, les psychologues, les puéricultrices, les professionnel.le.s qui accompagnent les personnes exclues ou en marge, dépendantes, sans domicile, sans papiers… les infirmier.ère.s à domicile… ne bénéficient d’aucun matériel de protection ?

Seule explication : nous ne fabriquons plus ce matériel. Nous avons préféré le faire produire par des travailleur.euse.s moins rémunéré.e.s, moins protégé.e.s pour garantir l’équilibre de nos budgets.

Plusieurs années de politiques d’austérité renforcées suite à la crise de 2008 et intériorisées petit à petit, à coup de matraquage, comme une conséquence logique de notre (!) manque de responsabilité vis-à-vis des générations futures, ont détérioré le pouvoir d’achat des plus vulnérables d’entre nous. Cette crise sanitaire révèle les inégalités au travers de la (mauvaise) santé, du (non) logement, de la précarité de l’emploi, des salaires indécents de certaines professions (souvent très féminisées).

Enfin, nos systèmes sanitaires étaient parmi les meilleurs du monde. Ils ont été – sous nos yeux et malgré nos protestations – sous-financés, privatisés pour à nouveau garantir ce sacro-saint équilibre financier. Parmi ce même personnel soignant que nous applaudissons à 20h de nos balcons, les « blouses blanches » ont tenu un mouvement de protestation pendant des mois pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail, l’augmentation de leur charge de travail et le manque de valorisation de la profession.

Cette Europe-là a-t-elle encore un sens pour la plupart d’entre nous ? Et peut-on remettre fondamentalement le modèle en question ?

Nous en avons l’obligation. Mais nous allons devoir l’arracher ce changement ! Le manque de solidarité financière et sanitaire au niveau européen démontre que ses vieux dirigeant.e.s s’inscrivent toujours dans ce même modèle : des masques demandés par l’Italie sur lesquels l’Allemagne et la France se sont assises au énième refus de certains États membres d’une mutualisation des dettes (corona bonds), it is business as usual !

Or, nous avons besoin d’innovation, de changement de prisme, d’un modèle post-crise sanitaire (New Deal ? Pacte Finance Climat ? …) dont les piliers seraient les valeurs de solidarité, d’inclusion et d’économie sociales, d’équité, mis en pratique par des gestes forts comme la relocalisation de notre production au travers des chaînes d’approvisionnement courtes, locales et sûres¹, la création de millions d’emplois qui assurent un revenu décent à chacun.e d’entre nous et des services publics puissamment armés pour mener correctement leurs missions de régulation et de protection des plus vulnérables.

Le financement de ce modèle ne se trouvera qu’au niveau européen, via un impôt sur les bénéfices, une taxe sur les transactions électroniques, de l’argent de la BCE… Peu importe, diverses solutions existent et sont déjà sur la table. Première étape Mesdames et Messieurs les politiques : la réouverture des discussions sur le budget européen ! Yallah ! C’est de volonté politique maintenant dont nous avons besoin !

Et soyez certain.e.s que nous nous battrons pour l’obtenir car « nous ne reviendrons pas à la normalité, car la normalité, c’était le problème »².

Solidairement vôtres,

Françoise Kemajou et Denis Stokkink

¹ Inspiré de la déclaration d’António Costa (Premier ministre portugais).
² Marco Bersani, Et maintenant on culpabilise les citoyen.ne.s ?, CADTM, posté le 23 mars 2020.

Contact: 

Denis Stokkink

Pays: 

Union Européenne

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